Cher Wanis,
C’est ton deuxième anniversaire et tu n’es pas là pour souffler les bougies. Mais, tu n’as jamais été aussi présent dans ma vie qu’aujourd’hui. Plus tu t’éloignes dans le temps, plus tu t’installes dans mon cœur.
Je refuse de t’oublier parce que je ne veux pas renoncer à ma maternité aussi brève soit-elle. Et puis, tu m’as tellement donné que ce serait ingrat de te tourner le dos.
La douleur est toujours là…lancinante mais j’ai appris à l’apprivoiser. Je sais maintenant être triste pour t’avoir perdu tout en étant heureuse de vivre la vie. Je sais vivre seule tout en vivant pour deux.
Tu me manques, Wanis. Et la curiosité attise ce sentiment brûlant de l’absence. Je me demande souvent à quoi tu pourrais bien ressembler à tes deux ans. De quelles couleurs seraient ta peau, tes yeux, tes cheveux…
L’autre jour, nous parlons, ton père et moi d’un gagnant à la loterie qui a remporté 162 millions d’euros. Une jolie somme qui me fait rêver. Ton papa me demande alors ce que je ferais si c’était moi qui gagnais le jackpot. Bien sûr, je gâterais mes proches… bien sûr, je ferais un tour du monde mais je réaliserais surtout trois fantasmes te concernant et que je t’énumère en empruntant la litanie présidentielle :
Moi, euro-millionnaire, je solliciterais les meilleurs anthropologues du monde, spécialistes du vieillissement, pour dessiner ton visage à un an, deux ans…20 ans. Je commanderais à chacun de tes anniversaires un portrait actualisé que j’imprimerais sur un géant gâteau à la pâte d’amande.
Moi, euro-millionnaire, je ferais faire ta statue de cire. Par sa beauté, elle ferait pâlir toutes les figures astiquées du musée Grévin. Et je l’embrasserais à satiété. Car je n’ai pas oublié ma frustration le jour de ta naissance. Tu étais tellement petit, tellement limpide que je n’osais pas te coller les baisers que je voulais. Mes lèvres effleuraient à peine ta peau de peur de la lacérer. J’ai plus étreint ta photo que toi.
Moi, euro-millionnaire, je noierais les librairies de la planète d’une série pour enfants qui s’appellerait « Hikayat Wanis ».Elle raconterait les aventures fantastiques d’un délicieux personnage dans le monde des grands.
Mais, je n’ai pas gagné au loto… Et tant que je ne suis pas millionnaire, tu resteras pour moi ce beau bébé aussi fragile que courtois qui a fait une brève apparition dans ce monde… sans pousser un cri, juste des sifflements annonçant un départ imminent.
Je t’aime comme je n’ai jamais aimé
Ta maman



